Valérie SHUM KING

photographe

PORTRAITS DE CALLIGRAPHIE CORPORELLE

Viêt Nam - Hô Chi Minh City

 

 

 

 La peau est sans doute une des premières choses que l’on perçoit de l’autre. Elle fonctionne comme une sorte de mémoire vivante des événements vécus par l’individu. Elle raconte son histoire, les traces que la vie a laissée : ce palimpseste unique fonctionne comme autant de signes d’identité. La peau parce qu’elle est l’organe du toucher amène des questions, non seulement de l’ordre du tactile, mais aussi de l’ordre de la relation aux autres. Ne dit-on pas que la peau est la représentation de l’intériorité?

 

«Le moi est avant tout un moi corporel» disait Freud. Et l’on peut même parler selon Didier Anzieu de «Moi-peau».

L’identité personnelle n’appartient pas à un lieu clos. Elle se situe dans l’inachevé comme la peau qui ne cesse d’évoluer au gré du temps...

Je travaille sur cet inachevé... cette évolution permanente de l’identité... cette identité qui relève toujours du relationnel, de l’autre... «L’identité est sentiment».

Aujourd’hui, il me semble encore plus approprié... d’utiliser la peau, pour dire... pour remonter à la surface ce que l’on cache au plus profond de soi.

Je détourne une vieille tradition chinoise pour parler de la question de l’identité. Je m’intéresse profondément à l’identité des personnes... à ce qui les caractérise au plus profond d’eux-mêmes... qu’est ce qui fait d’eux des personnes uniques? Que ressentent-ils? Et surtout, qu’ont-ils à dire? Qu’ont ils envie, besoin d’exprimer? Je m’intéresse surtout à ce que les personnes ont au fond d’elles-mêmes, ce qu’elles veulent mettre à nu...

 

 Je sais que le temps est nécessaire... lorsque je travaille avec quelqu’un... qu’il faut qu’une sorte de lien se crée... se noue... Toute la difficulté réside dans cette rencontre, en ce que l’on est prêt à donner, à s’offrir... La confiance... un lien particulier... entre l’échange et le don de soi...

C’est ce que j’ai essayé de mettre en place avec les étudiants de l’école des arts de Hô Chi Minh... pénétrer l’intime, l’essence d’une personne au-delà des apparences...

 

 J’ai essayé de réaliser mes portraits dans un souci de simplicité extrême... tout fonctionne autour de la redondance. L’écriture renvoie à la partie du corps peinte, la partie du corps peinte renvoie à l’attitude, l’attitude à l’écriture... l’écriture au titre. On ne sort pas de l’image... Une seule chose à voir... à entendre... ce que les personnes qui ont accepté de poser, ont eu envie de dire, de dévoiler, de partager... avec l’autre...

 La peinture corporelle permet d’établir durant un bref laps de temps, une zone subtile entre l’intérieur et l’extérieur...

«Le corps est une matière d’identité qui permet de trouver sa place dans le tissu du monde» D. Le Breton.

 

pièce sonore accompagnant la série

Tân - 19 ans - cochon (signe astrologique)

Kha - 20 ans - le souci

Thien - 21 ans - frère (sens amitié)

Phi - 20 ans - la volonté

Tuan - 20 ans - l'avenir

Dzung - 22 ans - l'âme