Valérie SHUM KING

photographe

    Son...

 

 

 J’ai décidé de travailler le son... D’aborder mon travail d’une autre manière... J’avais dans l’idée de retranscrire une sorte de sensation... une espèce de “parasitage”... un genre de “brouhaha” que l’on peut avoir, ou tout simplement s’imaginer avoir dans la tête...

C’est sans aucun doute, le travail que je peux le moins, pour lequel j’ai le plus de mal à donner d’explication... Je pense aussi, que l’écoute peut se passer de commentaires...

 

 Pour cela je voulais un texte un peu spécial, qui puisse se prêter au jeu... sans que je n’aie à en toucher une ligne... Et... je ne voulais pas non plus en écrire un... Tout simplement parce que je ne conçois pas de donner à lire mes textes...

Je me suis décidée pour un texte d’Antonin Artaud “Le mauvais rêveur” issu de “L’ombilic des limbes”... Je pense que si l’on veut lire à haute voix des textes de Antonin Artaud, il faut soit le gueuler de toutes ses forces ou, au contraire le chuchoter... Il n’existe pas de demi mesure pour moi dans la lecture de tels textes... “Le mauvais rêveur” a la particularité d’être suffisamment étrange et court pour permettre aux lecteurs de le chuchoter sans s’essouffler et de conserver quelque peu une sorte d’effet de surprise dû au texte...

           Si je demande de le chuchoter, c’est bien sûr parce que selon moi, cela correspond à une lecture d’un texte d’Artaud et... que cela donne aussi du point de vu sonore un effet de voix dans la tête... J’ai ensuite sélectionné et monté toutes ces voix dans l’idée de continuer cet effet...

 

 Peut-être que ce travail, de par sa particularité, est une sorte de lien quelque peu étrange entre mes travaux photographiques et mes vidéos... C’est aussi, sans aucun doute le plus difficile à présenter... Je me suis demandé si ce travail était seulement le lien de transition entre mes différentes recherches, une sorte de fils conducteur... ou bien seulement une sorte de léger accompagnement à mes photos...                                                                                         Il a été assez difficile de faire un choix constructif... un choix qui ne lèse rien... qui ne fasse que renforcer des recherches très différentes et pourtant toutes basées sur les mêmes réflexions...

Finalement pour moi, cet hybride, est l’un des sons de mon univers... Tout comme Haschi recherche le “son” dans “Les bébés de la consigne automatique”... Celui-ci peut être considéré comme “mon” son, celui qui permet de rentrer dans mon univers... une porte ouverte... un lien qui mène le spectateur à mes photos, et de mes photos à mes vidéos et qui le reconduit à la sortie... C’est l’ambiance que j’ai voulu créer... peut être que, à l’instar de Haschi qui ne cessait de vouloir retrouver le son des séances d’hypnose de sa prime enfance... le son qui enfant lui a peut-être manqué... le son des battements du cœur de sa mère... je ne cessais de rechercher ce son...

Le mien créé de toute pièce est mon atmosphère... qui dans l’idéal peut être le lien qui accompagne le spectateur.

 

 

 

 

«Le mauvais rêveur»

D’Antonin Artaud in «L’Ombilic des Limbes»

 

 

« Mes rêves sont avant tout une liqueur, une sorte d’eau de nausée où je plonge et qui roule de sanglants micas. Ni dans la vie de mes rêves, ni dans la vie de ma vie je n’atteins à la hauteur de certaines images, je ne m’installe dans ma continuité. Tous mes rêves sont sans issue, sans château fort, sans plan de ville.

Un vrai remugle de membres coupés. Je suis, d’ailleurs, trop renseigné sur ma pensée pour que rien de ce qui s’y passe m’intéresse : je ne demande qu’une chose, c’est qu’on m’enferme définitivement dans ma pensée.

Et quant à l’apparence physique de mes rêves, je vous l’ai dit : une liqueur. »

 

 

Série Portraits de calligraphie corporelle